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mercredi 8 avril 2015

L’Inde force Uber à s’adapter à sa culture et à la concurrence

Entre acteurs internationaux et locaux, l’Inde se modernise et ouvre ses portes à des start-up étrangères qui, pour certaines, se voient contraintes d’adapter leur fonctionnement aux usages du pays.


Entretien avec Arnaud Auger dans le cadre de l’émission L’Atelier Numérique diffusée sur BFM Business, associé chez StartupBRICS, un blog spécialisé sur l’innovation dans les pays émergents.

L’Atelier : Uber s’est récemment installé en Inde, mais la start-up a dû procéder à quelques adaptations en fonction du pays, à commencer par le paiement...

Arnaud Auger : En effet. Le système d’Uber pour le monde entier consiste à effectuer un paiement directement par carte de crédit. Sauf qu’on ne recense que 13 millions d’Indiens en possession d’une carte de crédit, la plupart utilisent uniquement des cartes de débit. Uber a décidé de faire face au problème en effectuant un partenariat avec une start-up indienne : Paytm, qui propose un portefeuille électronique que l’on peut recharger à l’aide d’une carte de débit – mais aussi en utilisant les solutions de Net Banking proposées par les banques indiennes.

Au-delà de cette adaptation en termes de paiement, il y a eu une autre adaptation déclenchée par une agression dans un taxi au moins de décembre. Avec pour conséquence, l’interdiction d’Uber à New Delhi. Comment la start-up fait-elle face et parvient-elle à maintenir sa position en Inde ?

Comme vous l’avez précisé, c’est uniquement le gouvernement de New Delhi qui a pris la décision de bannir Uber, en plus de ses autres concurrents comme Olacabs. Le gouvernement a, par la suite, imposé de nouvelles fonctionnalités (le faire de pouvoir lancer un SOS, appeler directement la police depuis l’application, mais aussi de pouvoir envoyer la localisation de son trajet…), des fonctionnalités qu’Uber s’est vu forcé de mettre en place. Depuis, Uber est de nouveau disponible à New Delhi. Tout a été lancé très rapidement, malgré les systèmes de bureaucratie du gouvernement Indien, celui-ci s’est montré plutôt réactif.

Est-ce que Uber est soumis aux mêmes polémiques qu’en Europe, notamment la bataille entre chauffeurs de taxis et VTC que l’on connaît en France ?

C’est même tout le contraire ! Plusieurs compagnies de taxi ont même manifesté pour le retour d’Uber. C’est la situation opposée à celle de Paris. En Inde, Uber travaille beaucoup en collaboration avec les compagnies de taxi, et leur permet de subsister. Très souvent, les chauffeurs appartiennent même à des compagnies de taxi, et la start-up leur permet tout simplement d’augmenter leur nombre de clients et de faciliter les transactions.

Qu’en est-il de son principal concurrent : Olacab ?

C’est un très grand concurrent. Ils ont récemment levé plus de 280 millions de dollars : des sommes gigantesques pour une start-up. À la différence d’Uber, Olacab se concentre uniquement sur l’Inde, et propose des fonctionnalités spécifiques. Le paiement ne s’effectue ni en ligne, ni par le biais d’un système électronique mais uniquement en liquide. L’entreprise s’est même adaptée au pays au point d’offrir la possibilité de commander des rickshaw depuis l’application. La récente levée de fond a permis de financer les smartphones, les abonnements et les batteries externes nécessaires aux chauffeurs de rickshaw. L’application a même été traduite en tamoul, ce qui prouve que la digitalisation touche même les populations qui ne sont pas lettrées en anglais. En ce qui concerne l’enjeu, il est le même pour Uber que pour Olacab : avoir une croissance rapide et proposer un transport à moins de 5 min au sein d’une grande métropole.

jeudi 26 mars 2015

Delhi fait la chasse aux chauffeurs d’Uber

Les autorités de Delhi ont décidé de frapper fort contre les géants des véhicules de tourisme avec chauffeurs (VTC), pour les contraindre à respecter la loi. Le gouvernement régional de l’Etat de Delhi a envoyé, mercredi 25 mars, une requête au ministère indien des télécommunications pour bloquer leurs applications mobiles permettant aux utilisateurs de commander des véhicules.
Cela fait déjà plusieurs mois que les autorités jouent, malgré elles, au jeu du chat et de la souris avec les chauffeurs de VTC pour les empêcher de transporter des clients en toute illégalité. En décembre 2014, elles ont suspendu leurs licences après qu’un chauffeur d’Uber ait été accusé de viol sur une passagère. Ce dernier avait été recruté par l’entreprise américaine, alors qu’il circulait avec un faux permis de conduire et avait été impliqué dans une autre affaire de viol trois ans plus tôt.
Pour obtenir la nouvelle licence, les sociétés doivent disposer d’une flotte de 200 véhicules, d’un bureau physique et d’un centre d’appels ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre à Delhi. Chaque véhicule doit désormais être équipé d’un GPS et d’un bouton d’alerte. En décembre 2014, la police avait dû attendre que le siège d’Uber aux Etats-Unis veuille bien leur divulguer des détails sur l’identité du chauffeur accusé de viol, ce qui avait ralenti l’enquête.


Des voitures méconnaissables

Dans la foulée, d’autres villes ont décidé d’interdire les VTC en attendant de reformuler les règles de licence. Ces nouvelles réglementations vont à rebours du modèle économique d’Uber qui ne possède que très peu de bureaux en Inde et ne possède pas sa propre flotte de véhicules.
En janvier, les VTC ont cependant vite repris du service à Delhi aussitôt après avoir déposé une nouvelle demande de licence, qui ne leur a toujours pas été délivrée. Les autorités tentent donc désespérément de mettre la main sur les chauffeurs … qui leur échappent. Les voitures sont méconnaissables, et le seul stratagème trouvé par les fonctionnaires du département chargé des transports consiste à se faire passer pour des clients, et appeler un par un les chauffeurs de VTC pour confisquer leur véhicule. Problème : il y a des milliers de VTC à Delhi. Et, depuis quelques mois, les chauffeurs vont moins volontiers chercher des clients dans le quartier où se trouve le bureau du département des transports.
Pour les autorités de Delhi, il y a urgence à agir car les VTC se développent rapidement. Le potentiel du marché Indien est compris entre 8 et 10 milliards de dollars (jusqu’à 9 milliards d’euros) selon Ola, le leader du secteur. La croissance rapide de l’urbanisation, avec des villes qui devraient accueillir près de 300 millions d’habitants supplémentaires au cours des trente prochaines années, conjuguée à l’absence de transports publics, laisse peu de doutes sur la taille future de ce secteur.


Les compétitifs rickshaws

L’entreprise Indienne Ola, domine le marché en gérant près de 100 000 véhicules dans 85 villes. L’entreprise est valorisée à 1 milliard de dollars et a levé des fonds auprès de la banque Japonaise Softbank, entre autres, pour accélérer son développement. En janvier, ses revenus augmentaient de 40 % chaque mois. Ola a racheté son concurrent TaxiForSure pour 200 millions de dollars en janvier. Uber, qui n’est présent que dans onze villes, a répliqué en cédant des actions de sa filiale en Inde à l’un des plus puissants groupes indiens de communication, qui publie le Times of India, le quotidien anglais le plus diffusé dans le monde, pour gagner une meilleure visibilité.
Les VTC se livrent une rude concurrence qui s’est traduite par une baisse des tarifs en début d’année. Il n’y a désormais que les rickshaws, les trois-roues à moteur, qui soient plus compétitifs. Mais sous une température de 45 degrés, et en plein embouteillage, les clients résistent difficilement aux VTC avec climatisation. Ils économisent surtout de la sueur en évitant les négociations sur le prix de la course avec des chauffeurs de trois-roues qui refusent souvent de se soumettre au compteur. Mais New Delhi est le royaume des rickshaws.
Le nouveau gouvernement, qui a déclaré la guerre aux VTC, a été élu grâce à la mobilisation de ces petits conducteurs de triporteurs. Ola a trouvé la parade : elle s’en est fait des alliés en leur proposant désormais les mêmes services de réservation, par smartphone, qu’à ses autres chauffeurs.


lundi 23 mars 2015

Uber roule sa bosse en Inde


Uber avance ses pions sur le marché indien en s’alliant avec le groupe média Times of India. Un partenariat de nature essentiellement marketing.

Malgré la forte concurrence des sociétés de taxis, la montée en puissance du rival Ola et l’encadrement de ses activités après l’arrestation d’un conducteur pour le viol supposé d’une passagère, Uber poursuit son incursion en Inde.

Pour donner davantage de visibilité à ses services mobiles dédiés au transport léger de voyageurs (marché VTC), l’entreprise américaine s’allie à Times of Internet, branche numérique du groupe média Times of India.

Ce partenariat à teneur essentiellement marketing se traduira également par un « petit » investissement financier, comme l’annoncent les deux sociétés dans une contribution blog. Difficile, donc, à première vue, d’établir un parallèle vis-à-vis de l’accord récemment signé en Chine avec le groupe Internet Baidu, qui aurait injecté 200 millions de dollars au capital d’Uber.

Il faudra néanmoins surveiller les éventuelles conséquences de cette alliance avec Times of India. Le rapprochement vis-à-vis de Baidu a par exemple entraîné une prise de distance avec les services Google – Maps notamment – au profit de ceux du groupe chinois.

Comme le note TechCrunch, Times of India investit plutôt dans des start-up créées et basées en Inde… sans pour autant renier des ouvertures à l’étranger. Illustration à travers cette entente avec Gawker et Business Insider autour de plusieurs sites Web lancés dernièrement.

Pour Uber, c’est une audience potentielle de 200 millions de personnes en associant le canal Internet au mobile, mais aussi à la radio, la télévision et la presse papier/magazine. Une exposition cruciale à l’heure où la pépite américaine (valorisée à plus de 40 milliards de dollars) couvre tout juste une dizaine de villes dans le pays, contre plus d’une soixantaine pour Ola ; lequel négocierait par ailleurs un tour de table de 400 millions de dollars, avec le géant nippon SoftBank dans la boucle.

Deuxième marché d’Uber, l’Inde constitue un véritable défi au regard des particularités qui caractérisent son réseau de transports. Les autobus et les trains y sont omniprésents… mais ces infrastructures sont souvent saturées dans les grandes agglomérations.

Les Indiens se montrent par ailleurs globalement réticents à acquérir un véhicule. Le nombre de voitures sur les routes du pays devrait toutefois décupler d’ici à 2020, pour atteindre les 450 millions. Et la ville de Chennai devrait rapidement devenir le premier hub de production automobile dans le monde. Quant aux Indiens, ils sont désormais près de 300 millions connectés à Internet. Et les smartphones sont de plus en plus utilisés pour préparer des voyages…

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