lundi 23 août 2010

Il est 5 h, Nantes cuve sa nuit et le taxi veille

Petit matin vu du pare-brise du taximan. Philippe Bely, 19 ans au compteur, slalome entre les fêtards titubants, cueillant au passage les égarés de la nuit. Entre deux courses, confidences douces-amères...

La grue du quai des Antilles se perd dans le noir. Au bout de la jetée des noctambules, la dernière enseigne s'est éteinte en avance. Nuit trop calme : les vigiles du LC ont lâché leurs rares clients sur le parking. C'est l'heure de l'appel au taxi. Celui qui ramènera jusque dans leur lit les clubbers trop allumés. À moins qu'il ne les dépose au Temps d'aimer ou dans une autre boite, pour faire la jonction avec les « after ». « Les jeunes ? Ils n'ont pas toujours les sous pour tout régler. Je les emmène quand même, faut de la diplomatie. » Parole de taxi, un samedi d'août, à 5 h à peine.

Nom de code : N 117

Des fois aussi, « les jeunes » posent des lapins. C'est même la plaie des courses au Hangar à bananes, déplore Philippe Bely, au point que « certains collègues n'y vont plus... ».

La suite lui donne raison : personne au pied de la grue, où un groupe était censé attendre N117, nom de code et d'usage de cet artisan de 51 ans, taxi depuis 19 ans, président de son syndicat départemental, attaché à ce métier, un boulot de chien pourtant. Douze heures par jour, pas de vacances ou si peu... des congés maladie ? N'y pensons pas, « on est pris en charge au bout du 8e jour seulement ».

Tout ça pour 1 000 à 1 200 € par mois, à condition de savoir y faire. Sans parler des bouchons qui enflent depuis dix ans, des voies qui rétrécissent, des travaux intempestifs : « On a facilement perdu 10 km/h en moyenne. »

Pas un chat entre chien et loup. Agacement maximum de N117 : « Ils ont dû repartir à pied. J'ai perdu un quart d'heure, et quelqu'un que je n'ai pas servi. » Sur le pont Anne-de-Bretagne, des garçons chancelants s'accrochent par le cou. Un autre, chaussettes en main, tente de s'allumer une clope.

35€ d'amende

Le bip d'Allo radio taxi se manifeste. Encore le Hangar. Et second lapin. « Ca devient gonflant ! » Philippe Bely va zapper le secteur pour aujourd'hui. Contre le phénomène, un seul remède plaide-t-il : « La charte ! » Cet accord (en cours de négo avec les patrons des établissements de nuit), c'est la parade anti-malotrus. « Le client s'adresse au vigile qui lui appelle la voiture, contre 10 € d'arrhes. Nous, on s'engage à être là une demi-heure après au plus tard. »

6 h. Pause à Commerce, avant d'embarquer un équipage d'Air France. N117 sort s'en griller une avec deux collègues. Rigolades en trio, mais l'amertume pointe aussi. Dernièrement, trois taxis nantais ont été convoqués au tribunal pour violences sur un client, l'affaire a fait les gros titres. « Ça a marqué la profession, on s'est sentis attaqués », lâche N65.

Le taxi a la peau dure, mais il se lasse de porter celle du bouc émissaire. « On dit que la course, c'est prohibitif ! Les gens ne se rendent pas compte du fric qu'ils mettent dans leur bagnole. Beaucoup gagneraient à ne plus en avoir. » Et ces pervenches, trop souvent sur leur dos à leur goût. Philippe Bely garde en travers de la gorge l'amende récoltée pour avoir accompagné une dame âgée chez Damard : « Elle ne pouvait pas marcher toute seule... » Ce « manque de discernement » le préoccupe : il a fait les démarches pour faire annuler la contredanse, mais en attendant, les 35 € restent dehors.

7 h, petit noir au Café de la gare, avec un collègue privé de boulot depuis un mois à cause d'un refus de priorité. Le chauffard qui l'a percuté n'est pas solvable, et le taxi est flingué. Gros bouillon financier. « On est tous passé par là un jour ou l'autre. La chambre syndicale a bien une voiture-relais... mais une seule. »

Rude métier. Ceux qui lâchent après les cinq années d'exercice obligatoire ne sont pas rares. Dommage, lâche Philippe Bely, « ils n'auront vu que le mauvais côté des choses. » Lui, il ne changera pas. Dans son « cocon », il a les confidences express livrées en dix minutes, les secrets qui ne sortent pas de son huis clos, et tous ces gens qui comptent sur lui. Irremplaçable...

Source

2 commentaires:

  1. "Nous, on s'engage à être là une demi-heure après au plus tard."

    Si ça ce n'est pas du foutage de gueule !!!
    Il faut attendre au moins 3/4 ou une heure avant de peut être voir un taxi arriver, lorsqu'il vient...
    En général c'est plutôt le client qui se fait poser un lapin...
    Il faudrait beaucoup plus de licenses sur la ville de Nantes pour pouvoir compter sur les taxis!!

    RépondreSupprimer
  2. Un petit nouveau sur Nantes et son agglomération :
    Taxi Carquefou au 06 06 95 30 30
    www.taxicarquefou.fr

    RépondreSupprimer